résumé du débatHuile de palme durable, mythe ou réalité ?

Ce vendredi 14 octobre s’est tenue la 1ère table ronde de l’OpenLab Nutella, lieu de réflexion et de partage de points de vue sur l’huile de palme durable. Marque emblématique avec une recette originale créée en 1964, aujourd’hui la plus vendue au monde, elle a choisi de s’emparer du sujet pour poser les termes d’un débat objectif, interroger les idées reçues et dessiner des solutions d’avenir.

Au programme de la matinée, un thème volontairement polémique : huile de palme durable, mythe ou réalité ? Autour de Laurent Cremona, Président international Nutella, responsables d’ONG et étudiants ont débattu à propos des démarches « zéro déforestation », de la préservation de la biodiversité ou encore des approches innovantes pour progresser vers une chaîne d’approvisionnement durable de l’huile de palme.

 

Huile de palme : produit à bannir ?

Comme l’a rappelé Laurent Cremona, l’huile de palme est l’ingrédient qui rend Nutella facilement « tartinable ». Des alternatives ont été étudiées mais elles ont été abandonnées car elles ne présentaient pas de valeur ajoutée sur le plan nutritionnel et gustatif, et n’étaient pas plus durable. Car, rappelle Bastien Sachet, Directeur Exécutif de The Forest Trust (TFT), organisation internationale à but non lucratif engagée pour lutter contre la déforestation, l’huile de palme est un produit à haut rendement et « sa substitution par une autre huile végétale n’a pas d’effet bénéfique sur la déforestation : il faut par exemple 6 fois plus de surfaces cultivées de tournesol pour produire les mêmes volumes ». Ainsi, se détourner de l’huile de palme n’est pas forcément une solution raisonnable, ajoute-t-il.

L’huile de palme est un produit végétal naturel, extrait par pression à chaud de la pulpe des fruits du palmier à huile. Dans le cadre d’une alimentation équilibrée elle est sans effet sur la santé et contrairement à une idée reçue, l’huile de palme reste peu utilisée par les marques industrielles comme Ferrero. C’est en effet un produit couramment consommé en Asie (plus de 50% de la consommation mondiale) comme huile de cuisson, qui fait vivre 3 millions de planteurs en Asie et en Afrique, a souligné Bastien Sachet.

Michelle Desilets, Directrice de Orangutan Land Trust, une ONG qui agit pour la préservation de l’habitat naturel des orangs-outans, partage ce point de vue. Ce qui peut sembler étonnant de prime abord de la part de celle qui voit depuis 25 ans les territoires de vie de ses protégés grignotés par les plantations. Ces grands signes vivent exclusivement en Indonésie et en Malaisie, où sont produits 85% de l’huile de palme. Victimes du défrichage des forêts, ils se retranchent dans de petits fragments de territoires, meurent de faim ou sont tués lorsqu’ils s’aventurent sur les plantations pour chercher leur nourriture. « L’orang-outan disparait au rythme de 3 à 5000 individus par an. L’espèce est aujourd’hui considérée comme en danger critique, le dernier stade avant l’extinction » souligne Michèle Desilets.

Michelle Desilets, Directeur Orangutan Land Trust
« Je crois à une utilisation raisonnable et durable des terres où poussent les palmiers, dans le respect de la biodiversité et des espèces »

Pourtant, elle affirme qu’il est possible de les sauver. En supprimant l’huile de palme ? Certainement pas, répond-elle. « Le boycott n’est pas la solution. C’est un ingrédient utile et un revenu pour 4 millions de personnes en Indonésie et en Malaisie. Et compte tenu de la démographie, sa consommation va augmenter. Il faut en revanche s’orienter vers une utilisation raisonnable et durable des terres où poussent les palmiers, dans le respect de la biodiversité et des espèces ».

 

Objectif zéro déforestation

La prise de conscience des ravages de la déforestation liée à l’huile de palme a émergé dans les années 2000, grâce à des ONG comme Greenpeace. Historiquement attaché à la qualité et à la traçabilité des ingrédients qui composent ses produits, Ferrero a initié dès 2005 une démarche novatrice en faveur d’une huile de palme durable. Le Groupe adhère à l’organisation internationale RSPO (Roundtable for Sustainable Palm Oil), qui a fixé les seuls standards de durabilité en vigueur aujourd’hui (18 à 20% de la production mondiale d’huile de palme est certifiée RSPO) et qui permet de monitorer la traçabilité des approvisionnements. « Depuis 2015, Nutella est fabriqué avec 100% d’huile de palme certifiée RSPO ségrégée, c’est-à-dire non issue de la déforestation de forêts primaires et séparée des huiles non certifiées de sa production à son utilisation finale » a indiqué Laurent Cremona.

Mais la certification RSPO est-elle suffisante, comme l’a fait remarquer l’une des étudiantes en Master Développement Durable invitée au débat ? Non, car elle ne prend pas en compte la déforestation des forêts secondaires. Ainsi, en 2013, Ferrero a rédigé sa propre charte pour une huile de palme durable, pour aller plus loin. Cette dernière engage tous ses fournisseurs, y compris les petits exploitants, autour de 10 principes clés. Déployée sur le terrain avec l’accompagnement de TFT, elle prévoit notamment de ne déboiser aucune forêt (primaire ou secondaire) riche en carbone et de protéger les orangs-outans en conservant les zones à haute valeur environnementale. Un engagement salué par les ONG, du WWF à Greenpeace. Et par Bastien Sachet de TFT, pour qui « il faut des entreprises qui s’engagent et qui affichent leurs intentions. La charte Ferrero est exemplaire à cet égard car elle est ambitieuse. Wilmar, l’un des plus gros producteurs d’huile de palme, a lui aussi rédigé sa charte en 2013. Autre enjeu clé : la traçabilité. Chacun doit pouvoir répondre à la question : d’où vient l’huile de palme que j’achète ? C’est le cas de Ferrero aujourd’hui ».

 

Tracer un chemin d’innovation

Pour chaque invité de la table ronde, la solution passe également par des initiatives comme le POIG (Palm Oil Innovation Group) qui réunit ONG, grandes marques et producteurs d’huile de palme, et par des approches innovantes telles que l’outil High Carbon Stock (HCS), développé en 2011 par les organisations TFT, Greenpeace et Golden Agri-Resources pour différencier les forêts secondaires riches à protéger, de celles très dégradées, pouvant être utilisées pour les plantations.

La marche vers le « zéro déforestation » suppose aussi de vérifier les engagements pris par les uns et les autres. « Que faites-vous pour contrôler le respect de la charte Ferrero par vos fournisseurs sur le terrain ? » a d’ailleurs demandé l’une des étudiantes présentes à Laurent Cremona. Aujourd’hui des auditeurs sont envoyés sur le terrain, mais il n’est pas facile de surveiller des millions d’hectares. C’est pourquoi Ferrero est l’une des premières entreprises à utiliser la solution Starling de monitoring par satellite et radar crée par TFT avec Airbus Defence and Space et SarVision. Grâce à des images de grande qualité, cette technologie innovante permet de suivre l’évolution des plantations dans le temps et de détecter les signes précurseurs de déforestation tels que le drainage des tourbières. Pour s’engager vers un avenir plus durable.

 

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