résumé du débatL'huile de palme dans l'alimentation en France

Pour sa 2ème table ronde, ce lundi 17 octobre, c’est la place de l’huile de palme dans l’alimentation en France qui a été questionnée au sein de l’OpenLab Nutella. L’huile de palme et les aliments qui en contiennent peuvent-ils s’inscrire dans le cadre d’un juste équilibre nutritionnel ? C’est la question à laquelle ont cherché à répondre les parties prenantes de ce débat. En prenant à revers plusieurs idées reçues.

Pour nourrir la discussion, des profils variés étaient réunis : Philippe Legrand, directeur du laboratoire de nutrition humaine de l’INRA de Rennes, Pascale Hébel, directrice du département consommation du CREDOC, Pascale d’Erm, auteur spécialiste de l’environnement et fondatrice de l’association Les Ecomamans, Joane Husson, directrice des affaires publiques et RSE de Ferrero France et deux étudiantes ingénieur, spécialité nutrition santé.

 

Les lipides, indispensables à un bon équilibre alimentaire

Nutella est une recette composée de 7 ingrédients, rappelle Joane Husson. Sucre, huile de palme 100% certifiée RSPO, noisettes, cacao, lait, lécithine et vanilline. Et si Nutella contient de l’huile de palme, c’est pour ses propriétés intrinsèques qui confèrent à la pâte à tartiner onctuosité et stabilité dans le temps. Mais est-elle pour autant bonne pour la santé ? L’huile de palme est composée de lipides. Qui sont indispensables à notre alimentation, à hauteur de 35 à 40% des apports nutritionnels conseillés : c’est la vérité scientifique qu’a tenu à rappeler Philippe Legrand. Pourtant, depuis plusieurs années, les acides gras saturés (AGS), qui font partie de la famille des lipides, sont vivement stigmatisés. Pour cet expert de la nutrition, «ce sont de vieux dogmes qu’il convient de bousculer. Les AGS ont de nombreux effets positifs (activation des protéines, synthèse des constituants des membranes, rôle antiviral, participation à la structure des neurones, etc.). Ce sont des molécules diverses et intéressantes, qui ne se valent pas toutes. Il est donc délicat de faire des généralités sur les acides gras. Ces molécules ne posent pas problème en tant que telles mais uniquement lorsqu’elles sont consommées en excès».

Depuis 2010 en effet, différentes analyses scientifiques démontrent qu’il n’y a aucun lien systématique entre les acides gras saturés et les maladies cardio-vasculaires. Leurs effets délétères possibles, notamment en ce qui concerne l’acide palmitique (acide gras saturé présent dans l’huile de palme), sont uniquement liés à une surconsommation. « Quelle serait la ‘bonne dose’ ? », a interrogé Pascale d’Erm ? «L’huile de palme n’est pas une huile de table en Europe. Nous la consommons au travers de produits industriels : la dose spontanée n’est donc pas excessive. Cette huile de fruit a selon moi toute sa place dans un régime équilibré, d’autant qu’elle a des vertus anti-oxydantes. Il ne s’agit donc ni de la porter aux nues ni de la bannir » a répondu Philippe Legrand. 

Un avis mesuré partagé par Joane Husson. « Certains concurrents de Nutella utilisent des alternatives, comme l’huile de coco par exemple. Or le profil lipidique de cette dernière (90% d’acides gras saturés) est moins intéressant que celui de l’huile de palme (34% d’acides gras saturés et 66% d’acides gras insaturés). Et si l’on optait pour l’huile de colza ou de tournesol, qui sont plus liquides, il faudrait les hydrogéner, ce qui produirait des acides gras trans dont l’effet sur les maladies cardio-vasculaires est avéré ».

 

Des consommateurs très raisonnables

Quelle est précisément la quantité d’huile de palme consommée par les français au quotidien ? La dernière enquête de consommation du CREDOC, menée en 2013, indique des chiffres raisonnables : 2,8 grammes par jour en moyenne, et, plus précisément, 3,3 grammes pour les 3-14 ans (dont 1 gramme lié aux produits sucrés) et 2,7 grammes pour les 15 ans et plus. Des niveaux de consommation qui ne sont par ailleurs pas corrélés à la catégorie socio-professionnelle, précise Pascale Hébel : les enfants qui consomment le plus d’huile de palme sont plutôt sédentaires et issus de famille monoparentale, les adultes sont plutôt des jeunes hommes actifs, vivant seuls.

Ces consommations d’huile de palme représentent respectivement 3 % et 7% des apports en acides gras saturés pour chacune de ces catégories de population. Pour Pascale Hébel, «L’impact de l’huile de palme sur les apports d’acides gras saturés reste modeste. Les aliments les plus contributeurs d’AGS sont les fromages, les pâtisseries, les matières grasses et les plats composés, qu’ils soient préparés à la maison ou non ».

Quant à la consommation de Nutella, la réalité semble bien éloignée des caricatures. Selon une étude menée en 2010 puis en 2013 par le Credoc pour Ferrero, Nutella est consommé 2,5 fois par semaine en moyenne, à raison de 30 grammes par occasion de consommation pour les enfants et les adultes, 40 grammes pour les adolescents. «8 à 10% des consommateurs vont au-delà de 50 grammes, jusqu’à 120 grammes. Dans 90% des cas, le produit est consommé au petit déjeuner ou au goûter, et dans plus de 60% des cas avec un produit céréalier, principalement du pain» a précisé Joane Husson.

A retenir concernant Nutella

Nutella est consommé 2,5 fois par semaine en moyenne, à raison de 30 grammes par occasion de consommation pour les enfants et les adultes

Dans 90% des cas, le produit est consommé au petit déjeuner ou au goûter

D’où vient alors cette diabolisation de l’huile de palme a interrogé une étudiante ingénieur, spécialité nutrition santé ? Parmi les pistes de réponses proposées par les experts présents : la place traditionnelle du beurre dans l’alimentation, production nationale qu’il convient de protéger, et la collision fortuite entre des problématiques nutritionnelles et environnementales (déforestation) fortement médiatisées.

Laissons la conclusion du débat à Philippe Legrand, pour qui « il n’existe pas de mauvais aliment mais seulement une mauvaise alimentation ».

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