résumé du débatLa place des petits planteurs dans une démarche de production durable

40% des surfaces plantées de palmiers à huile sont détenues par des petits planteurs. Ces « palmeraies villageoises » sont en expansion dans le monde, les petits planteurs ont donc toute leur place dans une démarche de production d’huile de palme durable. Mais la réalité est plus complexe et plus contrastée. C’est la question de la place de ces petits planteurs qui a été adressée au cours de la 4ème et dernière table ronde de l’OpenLab Nutella.

Sylvain Rafflegeau, agronome spécialiste des palmeraies villageoises au CIRAD, Petra Meekers, Directrice du Développement Durable de Musim Mas, un grand producteur d’huile de palme et Dimitri Neissing, acheteur senior chez Ferrero, ont dressé l’état des lieux de cet enjeu lors d’un débat animé par Yolaine de la Bigne, rédactrice en chef de Néoplanète. Deux étudiantes en Master Management de la RSE ont joué les « Candides » éclairées pour porter la voix du grand public.

Qui sont les petits planteurs d’huile de palme ? Plusieurs visions et définitions coexistent sur le sujet. Pour Sylvain Rafflegeau, ce vocable regroupe tout ce qui ne relève pas des grands groupes agro-industriels, de l’exploitation purement familiale sans salarié permanant, jusqu’à des entreprises agricoles n’employant que des salariés. Partout dans le monde, certains livrent directement leurs régimes de palme à des huileries industrielles, d’autres les transforment eux-mêmes avec des presses artisanales, mais uniquement en Afrique. Pour Ferrero, tel que l’a expliqué Dimitri Neissing, le terme désigne plutôt les seules exploitations familiales, cultivant jusqu’à 15 hectares. Sous cette acception, on compterait 3 millions de petits planteurs dans le monde.

Quelle que soit la définition retenue, les petits planteurs représentent une part importante de la production : en Asie du Sud-Est, environ 40%, rappelé par Dimitri Neissing. Leurs schémas de développement sont très divers, selon les régions du monde. En Asie, comme l’a expliqué Sylvain Rafflegeau, c’est le système des plantations « plasma » qui a longtemps prévalu : en échange du don de leurs terres, les agriculteurs recevaient des parcelles de 2 hectares de palmeraie implantés par l’agro-industrie, qu’ils exploitaient via une coopérative pour livrer leurs régimes à l’agro-industrie. De petits planteurs indépendants se sont néanmoins installés de leur propre chef, générant entre eux une compétition pour l’accaparement des terres, et parfois de la déforestation.

 

Comment intégrer les petits planteurs à la démarche vers une  huile de palme durable ?

 

Les petits planteurs sont l’un des maillons de la chaîne d’approvisionnement de l’huile de palme. Une chaîne qui peut compter de très nombreux intermédiaires : moulins, raffineries, traders, etc. Ce qui rend la question de la traçabilité particulièrement complexe. Mais pour Ferrero cette traçabilité est essentielle, comme l’a rappelé Dimitri Neissing : « Cela fait partie de notre culture d’entreprise. Et comme nous sommes rarement en contact direct avec les petits planteurs, nous avons besoin de partenaires pour leur transmettre notre vision et nos exigences environnementales et sociales. Ces partenaires ce sont les autres parties prenantes de notre chaîne d’approvisionnement, notamment les gros producteurs d’huile de palme comme Musim Mas. Grâce à la relation pérenne que nous entretenons avec eux depuis des décennies, ils peuvent diffuser nos valeurs jusqu’aux petits planteurs ».

Chiffre clé

62 millions de tonnes d’huile de palme sont produites dans le monde (source Oil World 2015, cité par CIRAD)

2 pays (Indonésie et Malaisie) représentent 85% de la production : dans ces pays les petits planteurs contribuent à hauteur de 40% des volumes

Petra Meekers travaille depuis 12 ans chez Musim Mas, n°3 de la production d’huile de palme dans le monde. Elle confirme le rôle majeur des agro-industriels pour faire évoluer les pratiques des petites plantations « Nous avons des liens avec 40 000 petits planteurs. Membre de la Roundtable for Sustainable Palm Oil (RSPO) depuis 2004, nous avons pris le sujet de l’huile de palme durable à bras le corps et nous les avons inclus dans notre démarche de certification. »

 

Ensemble, aller vers des pratiques plus durables

Est-il pour autant possible de convertir tous les petits planteurs à des pratiques plus durables ? Produire de l’huile de palme certifiée RSPO a un coût et modifier les pratiques des agriculteurs n’est pas chose aisée. Il faut mettre en place un accompagnement spécifique, tenant compte de la diversité des situations. C’est ce que fait Musim Mas, si l’on en croit Petra Meekers : « Nous portons les exigences de durabilité auprès de tous nos partenaires : aux moulins auxquels nous achetons de l’huile, qui eux-mêmes déploient cette démarche dans leurs bassins d’approvisionnement, comme aux planteurs indépendants qui ont leur propre moulin. Nous les soutenons dans leurs plans d’actions, nous les conseillons pour qu’ils augmentent leur production, sans avoir à défricher, en améliorant leurs rendement ».

« Il faut arriver à trouver le bon équilibre et ne pas  imposer aux petites planteurs des pratiques qu’ils ne comprennent pas », Dimitri Neissing, acheteur senior chez Ferrero

Ferrero, de son côté, s’appuie depuis deux ans sur l’expertise de terrain de l’association The Forest Trust pour inclure les petites planteurs dans sa démarche : ils sont accompagnés vers l’adoption de meilleures pratiques agricoles. « Les consommateurs européens sont préoccupés par l’environnement et ils ont raison. Les petits planteurs veulent se développer et offrir une meilleure vie à leurs enfants, ce qui est légitime. Il faut arriver à trouver le bon équilibre et ne pas leur imposer des pratiques qu’ils ne comprennent pas. C’est un parcours complexe et de long terme que nous entreprenons avec eux » a expliqué Dimitri Neissing. Pour Sylvain Rafflegeau, des modèles de développement comme celui des Alliances qui émerge en Amérique du Sud pourrait également faciliter la conversion des petits planteurs à l’huile de palme durable « Un investisseur et des petits planteurs co-détiennent l’huilerie. Ces derniers bénéficient de crédits de plantation et participent aux prises de décision. La protection des forêts à haute valeur environnementale est mieux prise en compte dans le choix du site d’implantation de l’huilerie ».

Au-delà des pratiques agricoles, ce sont aussi les pratiques sociales qui doivent évoluer, car la durabilité ne se limite pas au zéro déforestation, a fait remarquer Yolaine de la Bigne. Sujet important mais difficile car les législations locales sont diverses et le contrôle à postériori des conditions de travail et de vie des travailleurs par des audits s’avère souvent insuffisant pour détecter des dérives. « Nous développons actuellement des outils innovants en ce sens pour pouvoir vérifier, de manière indépendante, les engagements de nos fournisseurs dans ce domaine, et identifier les problématiques qui se posent» a annoncé Dimitri Neissing.

In fine, Ferrero a-t-il réellement les moyens de faire évoluer les pratiques des petits planteurs ? A cette question d’une étudiante, les experts présents ont répondu que chaque maillon de la chaîne de valeur se doit d’agir pour pousser le développement de pratiques agricoles et sociales éco-responsables : le consommateur final, par ses choix de consommation (acheter des produits contenant de l’huile de palme durable plutôt que boycotter l’huile de palme), les grandes marques et leurs fournisseurs.

 

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