résumé du débatComment mettre en oeuvre les engagements pour une huile de palme durable ?

Pour cette 3ème table ronde, le 18 octobre, l’OpenLab Nutella s’est penché sur les actions qui permettent de fiabiliser un approvisionnement en huile de palme durable. L’accompagnement des acteurs sur le terrain, la mise en œuvre de la Charte Nutella ou l’innovation de taille que représente la capacité de vérifier le respect des engagements zéro déforestation par satellite et radar avec le projet Starling sont des axes structurants de cette démarche.

Héloïse d’Huart, chef de projet de l’association The Forest Trust, Patrick Houdry, Manager des ventes forêt & environnement d’Airbus Defence and Space et Aldo Cristiano, Directeur des Achats des Matières Premières pour Ferrero, ont croisé leurs points de vue et expériences, sous les regards vigilants de Pierric Jammes, co-fondateur du collectif Pur Projet, et d’un étudiant en Master Développement Durable.

« L’huile de palme est un produit utile », a précisé d’emblée Héloïse d’Huart. Ses propriétés techniques la rendent indispensable dans de nombreux produits transformés : lait infantile, soupes, savons, détergents, etc.  Et la demande croit au rythme de 3% par an. Un engouement qui a pour corollaire une exploitation parfois irresponsable, source de déforestation. Mais boycotter l’huile de palme n’est pas la solution pour cette experte de terrain. «Le rendement des substituts – colza, tournesol, soja – est plus faible à l’hectare : il faudrait donc en planter davantage pour obtenir la même quantité d’huile. Par ailleurs, 60% des approvisionnements sont le fait de pays qui n’ont pas le même niveau de conscience éco-responsable : si le monde occidental (Europe et Etats-Unis), qui représente 12% des approvisionnements, se détourne de l’huile de palme, les exigences pour une culture durable ne seront plus portées » estime-t-elle.

Chiffre-clé
Il faut 5 hectares de colza, 6 hectares de tournesol et 9 hectares de soja pour produire la même quantité d’huile qu’avec un hectare de palmiers

 

Embarquer tous les acteurs dans une dynamique vertueuse

 

Mais alors comment progresser sur le chemin vers le « zéro déforestation » ? Pour Héloïse d’Huart, il faut «inciter les acteurs de la filière à prendre des engagements. Comme l’a fait Ferrero avec sa Charte. Puis accompagner les fournisseurs et producteurs sur le terrain pour trouver avec eux des solutions pragmatiques et économiquement viables, et mettre en place des plans d’action pour aller vers des pratiques responsables».

C’est la démarche choisie par Ferrero pour Nutella. Au nom d’une conception élargie de la qualité. «La qualité ce n’est pas seulement le goût, la fraîcheur et la sécurité alimentaire. C’est aussi l’impact de nos produits sur l’environnement et les communautés locales. Chez Ferrero, nous sommes historiquement très vigilants sur la traçabilité de nos approvisionnements, c’est dans notre ADN. C’est ce qui nous a conduit à lancer, dès 2005, notre démarche pour une huile de palme durable » a témoigné Aldo Cristiano.

Une démarche qui s’est déployée en plusieurs étapes : adhésion à la RSPO, choix du niveau le plus élevé de certification RSPO (huile de palme ségrégée), lancement de la charte Nutella et du partenariat avec The Forest Trust, participation au POIG. « Aujourd’hui nos 22 sites industriels sont approvisionnés à 100% en huile de palme ségrégée RSPO » a confirmé Aldo Cristiano.  

Mais le label RSPO n’est-il pas discutable, puisqu’il ne prend en compte que la destruction des forêts primaires ? Et pourquoi devrait-on encore déforester puisqu’il existe d’importantes réserves de terre dégradées pour planter ? En réponse à ces remarques légitimes de Pierric Jammes, le responsable des approvisionnements de Ferrero a rappelé que Nutella allait plus loin que le standard RSPO depuis 2013. «Notre charte couvre dix engagements qui sont autant d’exigences environnementales et sociales. Nous sommes allés les expliquer à nos fournisseurs – planteurs, moulins, raffineries -  pour qu’elles guident dorénavant leurs pratiques. Nous entretenons un dialogue permanent avec eux et nous mettons en place des actions correctives lorsque des problèmes sont identifiés» a-t-il expliqué. La charte Nutella s’appuie sur l’approche multi-critères High Carbone Stock, qui fait aujourd’hui référence pour définir les forêts qui doivent être protégées, pour leur richesse en carbone et leur biodiversité notamment, et celles qui peuvent être converties en un autre usage, agricole notamment, parce qu’elles n’ont pas la capacité de se régénérer. Pour assurer le déploiement de sa charte jusqu’aux plantations, Ferrero s’appuie sur l’association The Forest Trust dont les acteurs de terrain accompagnent les parties prenantes de sa chaîne d’approvisionnement dans cette transformation.  

 

Starling : Innover pour apporter des preuves tangibles du « zéro déforestation »

 

Inciter les fournisseurs à adopter des pratiques responsables et les épauler dans cette mise en œuvre  est indispensable. Mais encore faut-il pouvoir vérifier que les engagements sont tenus. Ce qui  suppose de savoir ce qui se passe sur le terrain en temps quasi réel.

C’est la prochaine étape de la démarche pour une huile de palme durable de Nutella, a annoncé Aldo Cristiano. Elle va s’appuyer sur un outil très novateur : Starling. Issu d’un partenariat entre Airbus Defence and Space, The Forest Trust et la start-up néerlandaise SarVision, ce service d’imagerie par satellite est actuellement testé en phase pilote par Ferrero pour monitorer sa démarche zéro déforestation. Les avantages de cet outil sont nombreux si l’on en croit les explications fournies par Patrick Houdry : «les images satellites ne trichent pas. Ce sont des données objectives qui permettent d’établir des comparaisons dans le temps et l’espace. Elles montrent les évolutions du couvert forestier, permettent de faire réfléchir ensemble les parties prenantes à partir d’un constat partagé. Elles captent les signes précurseurs de détérioration des espaces naturels, à l’échelle d’une plantation, du bassin d’approvisionnement d’un moulin à huile ou d’une raffinerie ».  L’outil est flexible : la fréquence du monitoring peut être adaptée aux enjeux de chaque zone géographique, de chaque plantation. Avec Starling, Ferrero va pouvoir disposer d’éléments de preuve visuelle qui viendront étayer son dialogue avec ses fournisseurs.

« Nous nous positionnons en éclaireur et lorsque nous faisons évoluer les pratiques de nos fournisseurs, nous pensons que cette transformation impactera l’ensemble de leur production »
Aldo Cristiano, Directeur des Achats des Matières Premières pour Ferrero

Pour conclure le débat, Aldo Cristiano a déclaré qu’au-delà de son propre circuit d’approvisionnement, Ferrero entendait agir sur la filière dans son ensemble. Mais un acteur qui représente 0,3% des volumes échangés annuellement, en a-t-il véritablement les moyens ? a questionné un étudiant. Pour Aldo Cristiano, la réponse est oui. « Nous nous positionnons en éclaireur et lorsque nous faisons évoluer les pratiques de nos fournisseurs pour l’huile de palme qu’il nous livre, nous pensons que cette transformation impactera l’ensemble de leur production ».

 

Le résumé en vidéo

 

 

Le fonctionnement de Starling